Revitaliser, c’est rétablir autant que possible l’état naturel des rives qui ont été artificialisées ou des cours d’eau qui ont été endigués, corrigés ou enterrés. C’est permettre aux cours d’eau et aux lacs de remplir à nouveau leurs fonctions écologiques essentielles tout en tenant compte des besoins de la population et de la qualité du paysage. C’est également participer à la protection contre les crues en donnant plus d’espace aux eaux, et offrir des espaces attractifs pour les loisirs et le délassement.
De plus, avec les changements climatiques, il est essentiel de redonner aux cours d’eau et aux lacs la capacité d’être résilient en améliorant leurs états et en favorisant le développement d’une végétation riveraine étoffée offrant un ombrage suffisant pour limiter le réchauffement de l’eau.
Les cours d'eau et les lacs, lorsqu’ils sont dans un état naturel, sont des habitats précieux pour la faune et flore aquatique, amphibie et terrestre. C'est un lieu de vie où de nombreuses espèces végétales et animales cohabitent. Parce qu’ils forment un réseau qui couvre tout le territoire, les cours d’eau relient les écosystèmes entre eux et forment des voies préférentielles de déplacement pour de nombreuses espèces aquatiques ou terrestres.
Depuis le 19e siècle jusqu'à la fin des années 1970, constructions, développement industriel et intensification de l'agriculture ont contribué à la réduction drastique de l'espace au bord des cours d'eau et ont lourdement provoqué l’artificialisation des berges. Réalisés selon les besoins et les connaissances de l’époque, ces aménagements ne répondent plus aux exigences actuelles. Le manque d’espace le long des cours d’eau est non seulement négatif en termes de protection contre les crues mais empêche également l’installation d’un milieu naturel riverain fonctionnel écologiquement et de qualité du point de vue paysager.
L’Etat de Fribourg est tenu de prioriser les secteurs à revitaliser. Cela signifie identifier les tronçons de cours d’eau et de rives lacustres pour lesquels une revitalisation serait la plus efficiente du point de vue du bénéfice écologique par rapport au coût de réalisation.L'ordonnance sur la protection des eaux (OEaux) exige que les cantons procèdent à des relevés écomorphologiques. Ces données servent de base pour la planification des revitalisations afin de sélectionner les tronçons déficitaires sous l’aspect morphologique.
L’écomorphologie comprend la totalité des conditions structurelles dans le cours d’eau et sur les berges. Les relevés de l’écomorphologie permettent d’apprécier le degré d’artificialisation du lit, des berges ou des rives et d’évaluer la connectivité longitudinale pour la migration piscicole. La classification écomorphologique des cours d’eau et des rives lacustres permet de cartographier, à l’échelle du canton, tous les tronçons ayant les mêmes caractéristiques morphologiques et de les catégoriser en 4 classes : naturel/semi-naturel, peu atteint, très atteint, non naturel/artificiel.
Relevés écomorphologiques sur les cours d’eau
Le canton de Fribourg a procédé au relevé écomorphologique des cours d'eau avec une première campagne intensive effectuée entre 2012 et 2014 afin de compléter les données déjà disponibles. Lors de cette campagne, ce sont au total près de 2’300 km de cours d'eau qui ont été parcourus et évalués : soit 60% du réseau hydrographique cantonal. Les relevés ont principalement concerné la région du Plateau, là où les cours d’eau ont le plus souvent été corrigés. Cette première campagne a permis d’établir en 2015 la planification des revitalisations des cours d’eau de Fribourg. Une campagne complémentaire de relevés a été effectuée en 2025 et permettra la mise à jour de la planification exigée par l’art. 41 de l'OEaux.
Relevés écomorphologiques sur les lacs
Pour les lacs, l’écomorphologie a été évaluée en 2021-2022 pour tous les plans d’eau ayant une superficie supérieure à 0.5 ha. L’étude a servi de base pour la planification des revitalisations des rives lacustre. Certains plans d’eau ont été exclus de l’analyse et au final 14 lacs ont été analysés dans le canton.
Suite à l’initiative populaire « Eaux vivantes », la loi fédérale sur la protection des eaux (LEaux) du 24 janvier 1991 a été modifiée. En décembre 2009, le Parlement suisse a décidé d’inscrire la revitalisation dans la loi, si bien que des nouvelles dispositions sont entrées en vigueur le 1er janvier 2011. Depuis, chaque canton a établi une planification stratégique des cours d’eau et rives à revitaliser.
La loi cantonale sur les eaux est entrée en vigueur le 1er janvier 2011. Elle inscrit la revitalisation comme but d'aménagement des cours d'eau et des lacs et propose des dispositions d'encouragement financier à la revitalisation.
Les projets dans le canton
Une quarantaine de kilomètres de cours d'eau fribourgeois ont déjà fait l'objet d'une revitalisation. Environ 32 km de cours d’eau sont actuellement en projet et 7 km sont en cours de travaux.
Quelques exemples
Le projet combiné de protection contre les crues et de revitalisation de la Petite Glâne s’étend sur 6,8 km sur les communes de Vallon (FR), Missy (VD), Saint-Aubin (FR) et Vully-les-Lacs (VD). Il a pour objectifs de restaurer la Petite Glâne, fortement canalisée, au plus proche de l’état naturel, de favoriser le développement d’une faune et d’une flore diversifiées, d’assurer la protection contre les crues et d’améliorer la qualité paysagère. La première étape des travaux a démarré le 12 septembre 2022 à Saint-Aubin.
Sur le territoire de la commune de Bösingen, des travaux de revitalisation de la Singine ont débuté en mars 2024 et se sont poursuivis en 2025. Il s’agit de l’élargissement du lit du cours d’eau sur un tronçon de 1000 m. Ces mesures de revitalisation sont coordonnées avec le projet de protection contre les crues de la commune de Laupen dans le canton de Berne.
Un tronçon de la Broye de 3 kilomètres à la hauteur de la zone alluviale d’importance nationale « Les îles de Villeneuve » sur la commune de Surpierre (FR) a été revitalisé. Les derniers travaux se sont terminés en 2022. Actuellement, des mesures d’entretien et un suivi biologique sont en cours. Ce projet d’envergure a permis de rétablir une Broye avec un tracé plus dynamique et plus proche de l’état naturel. Son écoulement est diversifié et la connectivité avec ses affluents a été améliorée. Le rétablissement d’une dynamique alluviale a permis le retour de milieux naturels diversifiés, notamment des milieux pionniers abritant une flore et faune digne de protection.
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