Même si l’égalité entre les femmes – qui représentaient 49,9% de la population fribourgeoise fin 2024 – et les hommes est inscrite dans la loi, on constate dans la réalité que les inégalités et les stéréotypes persistent. Et cela s’observe très tôt, déjà dans la formation et les choix professionnels, parfois au détriment des aspirations et des compétences personnelles.
Proportion d'hommes dans la formation professionnelle initiale dans le domaine des «Soins infirmiers et formation de sages-femmes», en 2024, dans le canton de Fribourg. Le domaine «Électricité et énergie» compte lui, en proportion, 3% de femmes.
Élèves et étudiant-e-s selon l'enseignement suivi
- Sur l'année scolaire 2023-2024, dans le degré secondaire II, les femmes sont majoritaires dans les filières de formation générale telles que le collège, l’école de commerce ou l’école de culture générale (61% de femmes). À l’inverse, la proportion d’hommes est plus élevée dans les formations professionnelles de type apprentissage (64% d’hommes).
- Il y a significativement plus de femmes que d’hommes qui poursuivent des études supérieures de degré tertiaire. C’est surtout le cas à l’université, où les femmes représentaient en 2023/24 61% du nombre total des étudiant-e-s.
Élèves dans la formation professionnelle initiale, selon le domaine de formation
- Les jeunes hommes sont largement majoritaires dans certaines filières d’apprentissage techniques et industrielles, comme les métiers de la construction et du génie civil, de l’automobile, de l’énergie ou de la mécanique, où ils représentent en 2024 plus de 90% des apprenti-e-s. De même, on retrouve une très forte prédominance des hommes dans les branches liées à l'informatique.
- À l'inverse, les jeunes femmes sont beaucoup plus fortement représentées dans les domaines d’apprentissage liés à la santé et aux services à la personne, comme la pharmacie, les soins dentaires, le diagnostic médical, les soins de beauté et la coiffure, où elles représentent plus de 90% des apprenti-e-s. De même, on retrouve une très forte prédominance des femmes dans les soins infirmiers et le travail social.
- Certaines filières affichent un certain équilibre entre hommes et femmes, comme la vente en gros et au détail, le travail de secrétariat et de bureau ou encore l’hôtellerie-restauration.
Personnes actives occupées par branche, répartition selon le genre
- Les chiffres concernant l'ensemble des personnes actives en 2024 montrent une forte concentration de femmes dans les secteurs de la santé, des soins et de l'action sociale, du commerce de détail ou de l'enseignement.
- A l’inverse, les hommes sont beaucoup plus représentés dans des branches telles que la construction, l’automobile, l’agriculture, l'industrie, les transports ou encore l'information et la communication. Certains métiers techniques, technologiques et manuels restent également largement investis par les hommes.
- L'administration publique présente une répartition hommes-femmes plus équilibrée.
Fin de l’école obligatoire : un moment de bascule
Les graphiques ci-dessus montrent que, dès l'entrée dans la formation post-obligatoire, les choix d’orientation deviennent très marqués par le genre. Ceci entraîne des conséquences importantes sur la répartition des hommes et des femmes dans les différentes filières et cette répartition se perpétue dans la suite du parcours professionnel.
L’augmentation de la part des femmes dans les études supérieures est une tendance constante observée depuis les dernières décennies. Un constat réjouissant quand on sait que la formation représente l’un des principaux moyens pour garantir l’égalité des chances au sein de la population, est un facteur d’épanouissement personnel ainsi qu’un moyen pour remédier au manque de personnel qualifié.
Le poids des stéréotypes
Aujourd’hui encore, les choix professionnels restent très genrés. D’une part, ces choix sont ancrés dans des stéréotypes transmis par l'entourage proche, la famille, les pairs, mais aussi par le corps enseignant, qui oriente parfois inconsciemment les élèves selon leur genre, révélant des biais dans l’appréciation des compétences des garçons et des filles. D’autre part, les jeunes intègrent eux-mêmes ces stéréotypes, ce qui peut limiter leurs propres aspirations et orienter les choix vers des métiers traditionnellement associés à leur genre.
L’impact de ces choix précoces est considérable. Les filières et métiers fortement féminisés sont souvent moins valorisés et donc moins bien rémunérés. Ils sont également plus souvent proposés à temps partiel. Combinées, ces réalités fragilisent l’autonomie financière des femmes et leur qualité de vie.
Division genrée du travail
La division genrée, ou division sexuelle du travail, attribue traditionnellement aux hommes les rôles productifs et dans la sphère publique (travail rémunéré, technique), tandis qu'elle assigne aux femmes les rôles reproductifs et dans la sphère privée (soins, travail domestique). Cette division ne se limite pas à une simple répartition des tâches, mais implique une hiérarchie : les tâches associées aux femmes sont souvent moins valorisées socialement et économiquement.
Cette division s’accompagne également de qualités qui sont attribuées aux femmes et aux hommes et qui sont souvent considérées comme naturelles. Les femmes seraient naturellement douées avec les enfants et les hommes naturellement doués en travaux manuels. Ces caractéristiques sont aussi le reflet de constructions socio-historiques, transmises et intégrées de façon consciente et inconsciente.
Le saviez-vous?
La socialisation peut se définir comme le processus par lequel les individus intériorisent les normes et les valeurs de la société dans laquelle ils vivent. La socialisation commence dès la naissance, se prolonge durant l’enfance et continue ensuite tout au long du parcours social de l’individu.
Par exemple, dès le plus jeune âge, les enfants reçoivent traditionnellement des jouets différents : poupée ou dînette pour les filles, camion ou jeu de construction pour les garçons. Ce choix n’est pas neutre : il encourage les filles à développer des compétences de soin et d’écoute, tandis que les garçons sont incités à explorer, créer et affirmer leur force physique.
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