Au-delà des infractions relevées dans la SPC : une activité dopée par l'urgence sociale
Sur le plan de la statistique policière de la criminalité (SPC), l'année 2025 affiche une stabilisation. Les infractions au Code pénal enregistrent une hausse contenue de 3% (16'174 cas), avec un excellent taux d'élucidation de 45,4% (CH : 38,7%).
Cependant, ces chiffres ne reflètent qu'une partie de la réalité. Sur le terrain, l'activité de la police s'est maintenue à un niveau de forte intensité. Un volume important d'affaires traitées a généré plus de 27'600 rapports de police (+6%) à l’intention des différentes autorités. Cette pression s'illustre également par une hausse de 6% des appels d'urgence au Centre d’engagement et d’alarme (CEA).
Violences : un recul trompeur face au durcissement des actes
Le grand paradoxe de 2025 réside dans la baisse globale des infractions de violence (-14%), qui contraste de manière saisissante avec la forte hausse des violences graves (+46%) et des viols constatés (+64%). Les homicides tragiques d'Epagny et de Givisiez ont agi comme de véritables électrochocs, rappelant que les violences domestiques restent une préoccupation absolue. Face à cette réalité, une réponse interinstitutionnelle plus ferme est en préparation (loi spécifique, bracelets électroniques, alarmes). En première ligne de cette protection, l'action de la police reste conditionnée par les moyens à disposition ; rendre ce projet opérationnel exigera donc des effectifs et des budgets supplémentaires.
Près de deux fois par jour, les patrouilles de police font face à des situations humainement complexes lors d’interventions ou d’annonces liées aux violences domestiques (+2%). Celles-ci requièrent un haut niveau de professionnalisme pour la mise en œuvre immédiate de mesures d'éloignement (dans 20% des cas), ainsi qu'une coordination indispensable avec les associations et institutions actives dans la prise en charge des victimes et des auteur·e·s.
La prévention dans le domaine des violences domestiques reste un levier important du dispositif. C’est pourquoi la police s’engage et collabore activement avec le Bureau de l’égalité hommes-femmes et de la famille (BEF) sur l’exposition « Plus fort que la violence ». La campagne nationale contre la violence domestique, sexuelle et de genre a également été relayée sur les réseaux sociaux et affichée dans les réceptions de tous les postes de police du canton.
En parallèle, le traitement des infractions contre l'intégrité sexuelle (+36%), avec une hausse marquée des viols constatés (+64%), principalement dû aux nouvelles dispositions pénales introduites en juillet 2024, exige de la Police de sûreté des ressources et des compétences spécialisées toujours plus nombreuses et plus pointues.
L'escroquerie omniprésente n'efface pas la criminalité ordinaire
La criminalité ordinaire demeure une préoccupation quotidienne, marquée notamment par une légère hausse des vols par effraction et par introduction clandestine (+3%) ainsi qu’une augmentation plus marquée des vols de véhicules (+22%). Les vols de voitures automobiles (+25%) et de vélos/cycles électriques (+25%) affichent les plus fortes tendances.
À cela s'ajoute l'évolution constante de la cybercriminalité (+7%). L’année dernière, 1'701 plaintes pénales cyber ont été enregistrées, portant sur un préjudice total de plus de 12 millions de francs. Face à des réseaux criminels ingénieux, l'engagement des spécialistes cyber porte toutefois ses fruits : près de 200'000 francs ont pu être saisis dans des dossiers de cryptomonnaies. Le préjudice financier total lié au numérique a reculé de 10% dans le canton.
Le phénomène des "faux policiers" a particulièrement touché les aînés fribourgeois, avec près de 200 cas recensés pour un préjudice de 400'000 francs, contribuant en partie à l’augmentation globale des escroqueries (+16%).
Face à l’évolution de cette criminalité, des actions de prévention ciblées ont réuni plusieurs centaines de personnes dans diverses communes, en collaboration avec l’Association des communes fribourgeoises (ACF). De plus, à l’occasion du passage à l’heure d'hiver, une sensibilisation aux cambriolages du crépuscule a été réalisée auprès des habitant·e·s via une démarche de proximité dans tout le canton.
Climat social : la détresse humaine au cœur de l'intervention policière
Le travail quotidien des agent·e·s est aujourd'hui considérablement impacté par une détresse sociale grandissante, exigeant une adaptation permanente. Les interventions dédiées aux personnes en difficulté ont bondi de 22%. Dans la même dynamique, les annonces de disparitions explosent de 56%, mobilisant régulièrement et dans l'urgence d'importantes ressources.
Si les signalements pour discrimination et harcèlement affichent un léger recul (-8%), ces comportements continuent de peser lourdement sur le vivre-ensemble. Sur les 116 cas annoncés, près d’une centaine de plaintes pénales ont été déposées et 67 auteur·e·s ont été dénoncé-e-s aux autorités compétentes.
Sécurité routière : moins d'accidents, mais des conséquences plus lourdes
À l'image de la criminalité, l'espace routier fribourgeois témoigne d'un durcissement des comportements. Si le nombre total d'accidents de la circulation reste stable (1'079 constats, soit deux de plus qu’en 2024), les conséquences s'alourdissent tragiquement avec 12 personnes décédées en 2025 (contre 8 en 2024).
Les comportements à risque pèsent lourd sur ce bilan : lors de contrôles, les conduites en état d'ivresse grimpent à 1'010 cas (+19%) et les conduites sous l'influence de stupéfiants à 611 cas (+8%). Ce non-respect flagrant des règles se reflète également dans la hausse inquiétante des conduites sans permis (258 cas, +22%), sous le coup d'un retrait (248 cas, +10%) et des délits de chauffards (27 cas, +29%).
La Police cantonale reste très présente sur les axes routiers, avec des contrôles ciblés portant tant sur l’aptitude à la conduite que sur l’équipement des véhicules. La prévention auprès des jeunes motards a également connu un vif succès lors de l’action « Viens maîtriser ta moto » menée au printemps 2025, une action qui sera d'ailleurs reconduite cette année.
Pérennité de l'institution : l'inévitable priorisation des missions
Pour tenir sur le long terme dans un contexte sécuritaire, procédural et financier de plus en plus exigeant, la Police cantonale fribourgeoise doit poursuivre l’adaptation de ses structures et de ses ressources de façon permanente. L'intensité constante des interventions met les policières et policiers à rude épreuve et l’activité de ce début d’année 2026 confirme la tendance observée ces dernières années. Afin de garantir l'efficacité de ses missions fondamentales – intervenir, enquêter, alarmer en cas de catastrophe, exécuter des décisions administratives et judiciaires, ainsi que prévenir les infractions –, l'institution devra opérer des choix stratégiques. Cette évolution passera inévitablement par une priorisation rigoureuse des prestations et une optimisation de nos processus de travail. La notion traditionnelle du poste de police en tant que guichet évoluera vers une approche plus dynamique, résolument orientée sur le service à la population là où elle en a le plus besoin.