Descriptif de la situation
Monsieur Z., 77 ans, tabac (forte dépendance), troubles cognitifs légers, domicile (accès difficile/ascenseur en panne), ancien ouvrier. Suivi pour une BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive).
Le parcours du bénéficiaire
- Phase 1 (ASAD) : M. Z. fume 40 cigarettes par jour. L’ASA qui intervient pour l’aide à l’habillage et l’entretien du linge constate de multiples mégots en dehors des cendriers. Il fume à proximité de sa réserve d’oxygène, ce qui représente un danger d’explosion. Intervention des ASAD pour sa BPCO. Se déplace peu et arrive difficilement à monter les marches pour accéder à son appartement.
Accompagnement du bénéficiaire
Partir des priorités du bénéficiaire lui-même : qu'est-ce qui le gêne le plus dans son quotidien ? (Essoufflement à l'escalier, isolement) ? Dans un premier temps, proposer des interventions qui améliorent directement son confort sans passer par l'interdiction : physiothérapie respiratoire, optimisation du traitement bronchodilatateur, aménagement du logement (éviter les déplacements inutiles). Le sevrage tabagique peut être abordé dans un second temps, une fois le lien de confiance établi, en utilisant par exemple des substituts nicotiniques comme alternative au tout ou rien.
L'entretien motivationnel est la méthode de référence : explorer avec le bénéficiaire ses valeurs, ses projets, ce qui a du sens pour lui, et mettre en lumière la discordance entre ses objectifs et les conséquences de sa consommation tabagique — sans jamais forcer. La régularité des visites crée en elle-même un lien qui facilite progressivement l'ouverture. Des formations à l’entretien motivationnel existent.
Collaboration interprofessionnelle
La présence d'oxygène représente un danger objectif et immédiat qui dépasse l'autodétermination individuelle : fumer à proximité d'une bouteille d'oxygène expose aussi les voisin-e-s et le personnel soignant. L'équipe a l'obligation légale de faire respecter la règle de sécurité, en l'expliquant clairement (« Ce n’est pas une punition mais une nécessité vitale »). Des solutions pratiques : proposer un endroit sécurisé à l'extérieur pour fumer, définir une routine de sortie, signaler le risque au ou à la médecin traitant-e pour réévaluer la prescription d'oxygène.
Identifier au sein de l'équipe un infirmier ou une infirmière volontaire pour se former à l'entretien motivationnel (EM), via des programmes reconnus (différentes formations existent). Cette personne référente devient la personne-ressource pour les situations d'addiction tabagique, mais aussi à l’alcool et médicamenteuse. Elle peut soutenir ses collègues prenant part à l’accompagnement du/de la bénéficiaire, participer aux réunions de réseau et assurer le lien avec la Ligue pulmonaire, le CIPRET et/ou les consultations en tabacologie.
Le personnel soignant fumeur n'est pas disqualifié pour aborder le tabac, mais doit être conscient de la complexité de sa position. Il ne faut pas fumer en présence des bénéficiaires, ni minimiser les risques du tabac. Le personnel doit adopter une posture équilibrée pouvant s'appuyer sur sa propre expérience, avec mesure (« Je sais que c'est difficile d'arrêter »), sans faire peser ses propres doutes sur les bénéficiaires. Une formation à l'entretien motivationnel aide à maintenir une posture professionnelle distincte de l'expérience personnelle.
Cadre institutionnel
Mise en place d’une séance pluridisciplinaire : Ligue pulmonaire/CIPRET, physio, personnel infirmier et ASAD.
Effectuer une investigation d’éventuels troubles cognitifs du bénéficiaire et organiser une séance réunissant les personnes clés concernées (médecin traitant-e, infirmier ou infirmière ASAD, physiothérapeute à domicile, Ligue pulmonaire), puis élaborer un plan de soins coordonné avec des objectifs partagés et des rôles définis. La Ligue pulmonaire fribourgeoise /Le CIPRET Fribourg peuvent intervenir directement au domicile pour un accompagnement au sevrage tabagique et prodiguer des conseils d'hygiène respiratoire.
L'organisation des soins à domicile doit disposer de consignes écrites sur la gestion du risque de fumer + oxygène. Pour définir ces consignes, demander la documentation ou l'intervention du fournisseur d'oxygène. Dans ces consignes doivent figurer :
- L’obligation de signalement du tabagisme au ou à la médecin traitant-e ;
- L’information écrite remise au patient sur les risques du tabagisme ainsi que ;
- Les observations documentées dans le dossier.
Et si le risque persiste malgré l’information donnée au bénéficiaire, une réorganisation des soins peut être effectuée en coordination avec le ou la médecin. Ces consignes doivent être connues de toutes les personnes qui interviennent à domicile. Un service de médiation peut aussi être sollicité au besoin.
Signaler la situation à l'assistance sociale ou au gestionnaire de cas pour solliciter une évaluation de l'adaptation du logement voire considérer un déménagement vers un logement plus adapté ou une structure intermédiaire si nécessaire. Pour l’aide à l’adaptation du logement, des solutions existent comme Qualidomum ou Pro Senectute : l’ergothérapeute à domicile peut être sollicité-e pour évaluer les besoins d’aide à la mobilisation.