Descriptif de la situation
Monsieur T., 69 ans, polyconsommation (médicaments + alcool), troubles cognitifs débutants, vit à domicile avec son épouse. Activité agricole (ferme, tracteur, machines).
Le parcours du bénéficiaire
- Phase 1 (Hôpital) : Monsieur T. sort de l’hôpital après une chirurgie avec une prescription d'analgésiques et de poursuite de ses benzodiazépines.
- Phase 2 (ASAD) : L'assistante en soins et santé communautaire (ASSC) qui vient refaire les pansements remarque que M. T. prend ses médicaments avec de l’alcool dès le matin. Elle alerte l'infirmier, car M. T. continue de s’occuper de la ferme, de conduire son tracteur et d'utiliser des machines. La physiothérapeute à domicile signale également un comportement agressif lors des soins.
Accompagnement du bénéficiaire
La combinaison alcool + benzodiazépines + analgésiques opioïdes potentialise les effets sédatifs, entraînant : altération des réflexes et du jugement (risque majeur lors de la conduite et de l'utilisation de machines agricoles), risque de chutes et de traumatismes, dépression respiratoire, interactions pharmacologiques graves. Dans la mesure du possible, les benzodiazépines doivent être évitées chez les personnes âgées . Le risque d'accident de la route ou de chantier est réel dans cette situation.
Inclure le ou la partenaire dans les entretiens de soins avec l'accord du bénéficiaire, en lui expliquant concrètement et de façon adaptée les effets de l'association médicaments-alcool. Valoriser le rôle de la personne tout en soulignant que sa sécurité et celle des autres dépend de sa capacité à conduire en pleine possession de ses moyens. Le ou la médecin traitant-e est l'interlocuteur central de cet accompagnement.
Collaboration interprofessionnelle
En Suisse, en cas de défaut d'aptitude à conduire, les médecins peuvent annoncer à l’office de la circulation routière les personnes qui ne sont pas aptes à conduire un véhicule automobile en toute sécurité (art. 15d al. 1 et 3 LCR), en raison d’une maladie physique ou mentale ou d’une infirmité, ou pour cause de dépendance. Pour ce faire, ils sont libérés par la loi du secret professionnel.
Le personnel infirmier et ASSC qui constate une situation préoccupante doit en référer aux médecins traitant-e-s qui prennent la décision d’un éventuel signalement. Le ou la soignant-e qui ne signale pas à son ou sa supérieur-e hiérarchique une situation dangereuse connue peut engager sa responsabilité.
La famille du bénéficiaire ne peut pas retirer un permis directement, mais elle peut signaler une situation préoccupante à l’Office de la circulation et de la navigation (OCN) . Le retrait est décidé uniquement par l’OCN (mesures administratives) sur la base d’une évaluation médicale, d’un comportement routier identifié (comme un excès de vitesse, l’alcool au volant, la conduite sous l’emprise de stupéfiants, la mise en danger d’autrui, l’inattention grave et cumul d’infractions répétées) ou d’un signalement de la police.
Adopter une posture décentrée et sans entrer dans une confrontation : ne pas répondre à l'agressivité par de l'autorité ou de la fuite. Valider la frustration (« Je comprends que c'est difficile ») sans valider le comportement (« Mais je ne peux pas accepter d'être traité-e ainsi »). Si l'agressivité persiste, mettre fin à la visite calmement et en sécurité, en notant l'incident et en alertant l'équipe. Des formations à la gestion des situations difficiles (gestion de la violence, techniques de désescalade) existent.
Le ou la médecin traitant-e est le premier ou la première référent-e à pouvoir solliciter un avis spécialisé (triage du RFSM 026/308.08.08 ) auprès d'un-e addictologue ou gériatre. Dans les situations urgentes (risque de conduite, agressivité, risque vital, etc…), le personnel soignant peut contacter directement le ou la médecin de garde ou les urgences du RFSM au T +41 26 308 08 08.
Documenter systématiquement les changements observés (date, comportement précis et contexte) pour objectiver l'évolution et protéger le ou la professionnel-le. Ne pas intervenir seul-e dans les situations à risque : travailler en binôme si possible, ou s'assurer qu’un-e membre de la famille soit présent-e. Informer l'infirmier ou infirmière référent-e après chaque visite difficile. Organiser une réunion d'équipe pour éviter l'isolement du personnel soignant face à cette situation.
Cadre institutionnel
Mettre en place une supervision clinique régulière pour les équipes des soins à domicile confrontées à des situations complexes. Solliciter l’équipe de santé mentale du Service d’aide et de soins à domicile.
Se référer à la procédure interne qui passe par le responsable direct notamment en lien avec le harcèlement sexuel ou tout autre type d’agression.
Une procédure interne doit préciser :
- Qui peut déclencher l'alerte (tout-e soignant-e) ;
- A qui (responsable direct) ;
- Dans quel délai (immédiat si danger) ;
- Sous quelle forme (traçabilité écrite obligatoire) ;
- Les suites possibles (arrêt des soins, signalement aux autorités, hospitalisation).
Cette procédure doit être validée par la direction, incluse dans la formation des nouveaux collaborateurs et collaboratrices et dans le dossier des patient-e-s.