Descriptif de la situation
Madame D., 68 ans, addiction aux jeux d’argent, sans troubles cognitifs mentionnés, entrée en EMS à la suite d’une maladie de Parkinson avec une mobilité réduite (chaise roulante), pertes financières passées impliquant ses enfants.
Le parcours de la bénéficiaire
- Phase 1 (EMS) : L'assistante socio-éducative (ASE) remarque qu'elle s'isole, a annulé ses 3 derniers rendez-vous pour sa mise en pli chez la coiffeuse de l’EMS. Elle ne va plus acheter ses magazines préférés au kiosque et ne participe plus aux activités organisées par l’équipe d'accompagnement.
Accompagnement de la bénéficiaire
L'autodétermination inclut le droit à prendre des risques pour soi-même. L'équipe peut cependant agir sur l'environnement (limiter les espèces disponibles avec l'accord de la personne) et proposer un accompagnement psychologique spécialisé (triage du RFSM 026/308.08.08 ). Il existe également des consultations en ligne spécialisées sur le jeu pathologique . Si les dépenses menacent les besoins vitaux, une mesure de protection (curatelle de gestion) peut être envisagée, toujours dans le respect de la dignité de la personne.
Accompagner la personne implique de travailler sur les besoins sous-jacents (ennui, anxiété, besoin de contrôle, impulsivité) avec un-e professionnel-e formé-e aux addictions comportementales (sans substance). Mettre en place un budget hebdomadaire négocié, avec un relevé de compte régulier partagé avec la personne (et sa famille si elle y consent), permet un suivi sans surveillance intrusive. Un suivi addictologique permet une évolution durable du comportement addictif et de l’envie irrépressible de jouer (psycho-éducation, élaboration de stratégies face à l’envie de jouer, etc). Cela passe aussi par l’élaboration d’alternatives aux jeux d’argent pouvant apporter plaisir et satisfaction (autres activités par exemple).
Collaboration interprofessionnelle
Former tout le personnel professionnel en contact avec la bénéficiaire (ASE, personnel infirmier ou hôtelier) à repérer les signaux d'alerte comportementaux : retrait des activités habituelles, irritabilité accrue, demandes répétées d'argent ou de sortie, modifications du rythme de sommeil, etc… Intégrer une grille d'observation rapide dans les transmissions quotidiennes. Une réunion pluridisciplinaire hebdomadaire est le lieu idéal pour croiser les observations de différents secteurs.
Définir clairement le rôle de l'ASE (observation, lien social, alerte) et de l'infirmier ou infirmière (évaluation clinique, coordination médicale) dans la détection. Organiser des transmissions structurées entre les deux corps de métier, avec un outil commun d'observation. Des formations sur les addictions comportementales renforcent la compréhension mutuelle et la légitimité de chaque personne à signaler.
Le personnel administration/comptabilité n’est pas un interlocuteur thérapeutique mais peut être un point d'entrée important. La posture recommandée : entendre sans juger les informations de la famille, ne pas transmettre d'informations sur les dépenses de la résidente sans son accord (secret professionnel et droits des patient-e-s), et orienter vers l'IC ou la direction pour la suite.
Cadre institutionnel
L’EMS (Direction, infirmier chef ou infirmière cheffe (IC), médecin répondant-e) peut initier une demande de mesure de protection auprès de la Justice de Paix si la personne n'est plus en mesure de gérer ses intérêts patrimoniaux et qu'elle est sans représentant-e légal-e. L’administration de l’EMS peut appuyer administrativement sans être décisionnaire dans l’analyse de la situation financière de la bénéficiaire.
En complément d’une personne de référence « Addictions » au sein de l'EMS, créer un groupe réunissant représentant-e-s des soins, du domaine social, de l'administration et/ou de la direction. Ce groupe se réunit à la demande pour les situations complexes, définit les conduites à tenir et assure la cohérence institutionnelle. Il peut également assurer la formation continue interne et le lien avec des ressources externes (consultations spécialisées, associations).
Une charte d'utilisation numérique pour les bénéficiaires, co-construite avec ces derniers, est plus efficace qu'une interdiction unilatérale.
Lexique
IC : infirmier chef ou infirmière cheffe