Descriptif de la situation
Monsieur S., 84 ans, benzodiazépines, troubles cognitifs modérés.
Le parcours du bénéficiaire
- Phase 1 (Hôpital) : Monsieur S. est hospitalisé pour une pneumonie. L'équipe hospitalière constate que Monsieur S. a une prescription de somnifères depuis 30 ans et que sa consommation à domicile est trop importante et en augmentation depuis quelques temps. Elle adapte le traitement.
- Phase 2 (EMS) : M. S. est transféré en court séjour pour convalescence. L’équipe médico-soignante remarque une agressivité verbale majeure en lien avec des demandes de médication supplémentaire de somnifères. L’EMS maintient la posologie recommandée par l’hôpital. A la fin de son court séjour, la problématique somatique est résolue et monsieur S. insiste pour rentrer à domicile, ce qui est validé par son médecin traitant.
- Phase 3 (ASAD) : Au vu de ses consommations de somnifères accrues avant son hospitalisation, un contrôle de médication sous forme de semainier est délivré par la pharmacie. A son retour à domicile, l'ASSC de passage pour la prise des signes vitaux se retrouve face à un patient qui exige plus de somnifères que ce qui lui a été prescrit.
Accompagnement du bénéficiaire
Reconnaître d'emblée que ce traitement a joué un rôle fonctionnel important dans sa vie : il serait contre-productif de l'aborder comme une « erreur ».
Adopter une approche graduée : information sans culpabilisation sur les risques actuels (chutes, cognition, interactions médicamenteuses), puis proposition d'une éventuelle discussion avec le médecin traitant avec suivi rapproché.
Proposer des alternatives non médicamenteuses validées pour le sommeil : thérapie cognitivo-comportementale pour l'insomnie (TCC-I), hygiène du sommeil, luminothérapie, relaxation. Sur le plan médicamenteux, envisager avec le médecin une substitution progressive par des molécules moins à risque). Un avis spécialisé en gériatrie ou addictologie est recommandé pour les cas complexes.
Collaboration interprofessionnelle
Former les équipes à reconnaître les symptômes de manque (irritabilité, tremblements, insomnie, anxiété intense) et à les distinguer d'une agressivité primaire. En cas de tension : adopter une posture calme, non confrontante, valider la détresse (« Je comprends que c'est difficile pour vous »), ne jamais céder à la demande de médication supplémentaire sans avis médical, et se retirer si la sécurité n'est plus garantie. Référer systématiquement à l'infirmier ou infirmière référent-e.
La réponse doit être unifiée et préparée en équipe : chaque soignant-e donne le même message pour éviter la manipulation. Exemple de message-type : « Je comprends votre inconfort. Je ne peux pas vous donner plus que ce qui est prescrit ; je vais en informer le corps médical qui vous suit. ». Ne jamais laisser un-e ASSC seul-e face à cette décision médicale. Documenter chaque demande dans le dossier.
Organiser une séance de coordination entre le personnel professionnel dès que la problématique est identifiée, pour élaborer un plan de soins commun : objectif de réduction, consommation contrôlée /sevrage, rythme, signes d'alerte, rôle de chaque personne. Désigner un-e référent-e de coordination qui assure la cohérence du message. Puis organiser le contact et la communication avec la personne soignée.
Cadre institutionnel
La continuité repose sur un-e médecin traitant-e clairement identifié-e pour coordonner le tout.
L'infirmier ou infirmière référent-e des soins à domicile est le pivot de ce dispositif. Il ou elle coordonne :
- avec le ou la médecin traitant-e la prescription,
- avec la pharmacie la préparation du semainier,
- et avec les ASSC la surveillance de la prise.
Un protocole écrit doit définir que seul le semainier remis par la pharmacie fait foi, et qu'aucune prise supplémentaire ne peut être délivrée sans ordonnance actualisée. Eviter de faire porter aux proches aidant-e-s la gestion de la médication.
Assurer un suivi fluide des transmissions entre les personnes qui interviennent provenant des différentes institutions avec un réseau de sortie lors du transfert.