Recensement des biens culturels meubles

Trésors méconnus de l'art sacré - Les changements rapides de nos pratiques sociales ou religieuses, la disparition des métiers traditionnels, la fin des grands lignages et la dispersion des familles modifient le statut d’une foule d’objets menacés de perte de sens ou de fonction. L’expression meuble désigne tout objet mobilier, quelle qu’en soit sa nature. Le recensement des biens culturels meubles a pour priorité de recenser les objets et œuvres d’art religieux conservés dans les 194 églises catholiques, les 330 chapelles, les 132 oratoires en tous genres, les couvents et tous les autres lieux de culte du canton de Fribourg. Des recensements d’objets civils peuvent aussi être réalisés.

Le recensement, un travail inédit?

Non. Le repérage systématique des biens culturels meubles du canton débuta en 1900 avec l’inventaire de Max de Techtermann. Cette description des objets des paroisses et des couvents fit place à un inventaire photographique, réalisé par le chanoine Nicolas Peissard de 1911 à 1915, qui permit de documenter dans 74 paroisses quelque 2000 objets, de l’orfèvrerie surtout.

La volonté de repérer systématiquement les biens culturels meubles de valeur conservés dans le canton de Fribourg se manifesta pour la première fois en 1900 par un arrêté du Conseil d’Etat, instituant un inventaire confié au conservateur du Musée cantonal, Max de Techtermann. Limité à des notes descriptives des pièces d’orfèvrerie, des sculptures, des peintures, des retables, des cloches et des parements liturgiques notamment, appartenant aux paroisses et couvents du canton, cet inventaire fut abandonné en 1907. En 1911, l’archéologue cantonal, le chanoine Nicolas Peissard, commença un nouvel inventaire, photographique cette fois, centré sur l’orfèvrerie des sacristies fribourgeoises. Il documenta ainsi environ 2000 pièces appartenant à 74 paroisses. Ce travail exemplaire fut interrompu en 1917 et, malgré la demande pressante de Mgr Marius Besson, évêque du diocèse depuis 1920, il ne fut pas repris.

Au cours des années 1950, Marcel Strub publia les plus importants biens meubles religieux de la ville de Fribourg dans deux volumes des Monuments d’art et d’histoire du canton. A partir des années 1970, son successeur, Hermann Schöpfer, mit au point un système d’inventaire des paroisses, qui devait servir de matériau de base à son travail. En 1986, grâce à la participation financière de l’Office fédéral de la protection civile et des paroisses concernées, fut créé l’Inventaire du patrimoine religieux, qui se spécialisa dans la documentation des biens meubles, conservés dans les églises et les chapelles du canton.

Contrairement aux inventaires du début du XXe siècle, qui privilégiaient l’orfèvrerie, cet inventaire finit par regrouper tous les éléments non architecturaux conservés dans les édifices religieux. Recensés systématiquement, s’ils sont antérieurs à 1940, ces éléments font l’objet d’un choix assez sévère, s’ils sont postérieurs à la Seconde Guerre mondiale. Conformément à la législation actuelle, ce relevé descriptif a pris le nom de Recensement des biens culturels meubles, bien qu’il reste pour l’essentiel une documentation d’objets religieux.

Base de données

A usage interne, la base de données des biens culturels meubles n’est pas consultable par des tiers.

Le canton de Fribourg compte 155 paroisses (catholiques et protestantes) et une quinzaine de couvents ou de communautés religieuses possédant un patrimoine digne d’intérêt. Un tiers des édifices religieux du canton disposent en juin 2018, d'un recensement exhaustif, soit 19'716 objets documentés et identifiés à cette date. 

Le recensement, pour qui?

Le but premier d’un recensement est d’informer les propriétaires et les paroisses de la valeur de leur patrimoine et de la nécessité de prendre des mesures pour en assurer la pérennité. Ce document sert de base aux mesures de protection qui, le cas échéant, sont prises par la Direction de l’instruction publique, de la culture et du sport.

En raison du caractère précieux et de la vulnérabilité d’un certain nombre de ces biens, les dossiers de recensement remis aux propriétaires concernés demeurent confidentiels et leur consultation est réservée à ceux qui peuvent justifier d’un intérêt particulier, les chercheurs notamment. 

Le recensement, de quel droit?

Le recensement et la mise sous protection des biens culturels sont régis par la Loi du 7 novembre 1991 sur la protection des biens culturels (LPBC Art. 3-44-45) et son Règlement d’exécution du 17 août 1993.

Le recensement, comment et jusqu'où?

Examiner
Le recensement des biens culturels meubles est basé sur un travail de terrain. Les églises, les chapelles, les couvents et les cures sont visités afin de repérer les objets conservés. Un premier tri permet de sélectionner les objets qui seront documentés.

Les biens culturels meubles se divisent en 5 catégories principales:

  • les objets liturgiques, par exemple les ostensoirs, les calices, les chandeliers ou les croix de procession.
  • les parements liturgiques, soit les vêtements liturgiques telles les chasubles ou les chapes, les tentures et autres ornements telles les bannières de procession.
  • le mobilier liturgique, c’est-à-dire les autels, les stalles, les fonts baptismaux, les bancs, les orgues ou les cloches.
  • les images liturgiques, parmi lesquelles les sculptures, les peintures ou les vitraux.
  • Les livres liturgiques forment une catégorie supplémentaire.

Documenter
Les collaborateurs établissent sur place une fiche descriptive rapide de l’objet, où figurent notamment des informations sur la nature de l’objet, ses dimensions, les matériaux et les techniques utilisées. Une couverture photographique assure l’identification de l’objet et témoigne de son état lors du recensement.

Etudier
Le recensement n’ayant pas un but scientifique, les données recueillies ne sont en principe pas confrontées à des recherches d’archives. L’essentiel des informations historiques est issu de publications, le cas échéant de la consultation rapide des archives paroissiales. Des recherches plus approfondies ne sont entreprises que lors de documentations étendues.

Le recensement, objectif ou subjectif?

Le patrimoine ne se réduit pas à l’ancienneté et au pittoresque. Les objets du patrimoine religieux considérés comme biens culturels sont évalués selon 6 critères :

Valeur historique et iconique
L’objet est un témoin. Il s’inscrit dans l’histoire politique, sociale, religieuse, culturelle, économique, technique ou scientifique, artistique, artisanale ou industrielle d’une localité, d’une région ou du canton, dont il constitue une archive matérielle. Il est un jalon ou la mémoire d’usages, de pratiques, de croyances ou d’événements passés. Il est lié à un personnage, à un groupe, à une famille ou à un corps constitué. Il jouit d’une notoriété dans l’histoire culturelle et à ce titre, il a valeur d’oeuvre reconnue ou importante pour l’histoire de l’art.
Valeur représentative
L’objet est une référence. Par sa fonction, son usage, son matériau, sa technique, sa réalisation, sa forme, son décor, son style ou son iconographie, il a valeur de modèle ou il témoigne de la diffusion d’un modèle ou d’un type dans le temps ou dans l’espace. Il est un jalon dans l’oeuvre d’un artiste ou dans son parcours créatif.
Valeur matérielle et technique
L’objet est une réalisation exemplaire. Par le choix et la qualité de ses matériaux, par la finesse et l’excellence de son exécution, par la richesse de ses motifs, par sa qualité formelle, conceptuelle ou fonctionnelle, par sa complexité technique ou l’ingéniosité de sa fabrication, l’objet témoigne d’un savoir-faire artisanal, technique ou industriel.
Valeur contextuelle
L’objet est un élément d’un ensemble. Il fait partie intégrante d’un édifice, d’un aménagement, d’une installation technique, d’un équipement, d’une composition fonctionnelle, visuelle ou spatiale, d’une collection ou d’une série. En tant que partie constitutive d’un ensemble, il participe à sa définition, à son caractère ou à son fonctionnement.
Valeur d’intégrité
L’objet est complet. Dans ses parties constitutives, ses matériaux, sa mise en oeuvre, sa fonction, son sens et son utilisation, l’objet a conservé sa substance, sa forme, sa construction, son fonctionnement, son usage, sa fonction, son sens et son contexte d’origine, autrement dit son authenticité et sa substance.
Valeur de rareté
L’objet est rare. Dans son histoire, son matériau, sa forme, sa fonction, son usage, son sens, son iconographie ou son décor, l’objet est conservé à peu d’exemplaires ou il est unique en son genre.

Le recensement, de A à C

Conformément au Règlement d’exécution de la loi sur la protection des biens culturels (art. 481), la valeur de l’objet comme bien culturel est évaluée selon l’échelle suivante :

A = Haute qualité : objet particulièrement représentatif, rare ou d’exécution très soignée, dont la substance d’origine est conservée.
B = Bonne qualité : objet représentatif ou d’exécution soignée, dont la structure d’origine ou les éléments essentiels sont conservés.
C = Qualité moyenne : objet représentatif par certains éléments essentiels dont la substance est conservée.

Publié par  Service des biens culturels

Dernière modification : 13/10/2021