Une nouvelle forme d’accompagnement socioéducatif pour mineurs en difficulté d’insertion sociale

10 Février 2020 -11h31

Le canton de Fribourg dispose d’une nouvelle forme de prise en charge des mineurs en difficulté d’insertion. Destinées aux jeunes pour qui un placement résidentiel traditionnel n’est pas adapté, « L’Alternative » propose un placement dans un logement indépendant où le/la jeune bénéficiaire devra « faire sa place », dans un environnement social ordinaire, avec l’appui d’une équipe éducative. Le concept, actuellement en phase pilote, a été développé par la Fondation de Fribourg pour la jeunesse sur mandat de la Direction de la sécurité et de la justice. Il constitue une carte supplémentaire dans l’éventail à disposition des autorités judiciaires de placement – justices de paix et tribunal des mineurs.

Tribunal pénal des mineurs - Jugendstrafgericht
Tribunal pénal des mineurs - Jugendstrafgericht © Tous droits réservés

« L’Alternative » : son nom est on ne peut plus clair. Il s’agit d’offrir une solution alternative aux mineurs pour qui les structures existantes d’accueil résidentiel ont échoué ou sont vouées à l’échec. Le moyen : fournir au mineur un logement indépendant et un accompagnement socioéducatif « sur mesure » en milieu ouvert.

Ce nouveau concept répond à un double constat posé aussi bien par les justices de paix, en tant qu’autorités de protection de l’enfant et de l’adulte, que par les juges des mineurs. D’une part, en Suisse romande, les institutions spécialisées de prise en charge de jeunes en difficultés ne disposent pas de suffisamment de places. D’autre part, il manque des solutions pour les jeunes en rupture de lien qui n’arrivent pas à adhérer aux contraintes d’un milieu institutionnel résidentiel.

Fort de ce constat, la Direction de la sécurité et de la justice s’est assurée de la collaboration de la Direction de la santé et des affaires sociales et a, fin 2018, donné mandat à la Fondation de Fribourg pour la jeunesse (FFJ, cf. ci-dessous) d’élaborer cette nouvelle forme d’accompagnement, complémentaire au dispositif existant. La FFJ a élaboré ce concept en s’inspirant notamment celui éprouvé depuis de nombreuses années par la fondation tessinoise Amilcare. Elle s’est en outre appuyée sur un groupe de projet intégrant des représentants du Tribunal des mineurs et du Service cantonal de l’enfance et de la jeunesse. La phase pilote a été lancée à la fin du premier semestre 2019 et deux jeunes, placés pénalement, bénéficient actuellement du nouveau dispositif. Un troisième placement civil est actuellement envisagé.

De 16 à 25 ans
L’Alternative s’adresse à un public spécifique : des mineurs ou jeunes adultes dès 16 ans jusqu’à 25 ans, sous mandat pénal ou civil, ayant achevé leur scolarité obligatoire, sans contre-indication pédopsychiatrique par rapport au fait de vivre seul dans un logement, et – ce qui est peut-être le plus important – qui adhèrent à un accompagnement éducatif en milieu ouvert. Identifié dans un premier temps par le juge pénal ou civil en charge de son cas, le ou la mineur-e pressenti-e passe ensuite par un entretien d’admission avec ses parents, sa représentation légale, le juge, les intervenants en protection de l’enfant du SEJ et du service social concerné, le responsable ad hoc de la FFJ et les deux éducateurs qui l’accompagneront dans son quotidien à travers des entretiens réguliers.

Prendre en main son quotidien
Alors que les placements résidentiels traditionnels mettent le mineur dans un endroit où une place lui est réservée, où tout est prévu pour lui dans un cadre protégé, le fondement socioéducatif de L’Alternative est de mettre le mineur en situation de devoir faire sa place, dans un immeuble, avec des voisins, un environnement social ordinaire, les contraintes de la vie quotidienne qu’il doit gérer lui-même. L’équipe éducative aidera et conseillera le mineur dans sa gestion du quotidien (habitat, relations sociales, santé, etc.) et dans ses demandes et démarches, qu’il s’agisse de bénéficier de prestations ou activités proposées par la FFJ, ou d’entreprendre une formation.

Les résultats provisoires sont positifs, tant pour l’autorité de placement – le Tribunal des mineurs pour les deux cas – que pour les jeunes concernés, qui pourront trouver dans cette autonomie accompagnée un terreau fertile pour se réinsérer progressivement dans la société en se responsabilisant.

Une fondation au service de l’enfance et de la jeunesse

Créée le 1er janvier 2016, reconnue d’utilité publique et à but non-lucratif, la Fondation de Fribourg pour la jeunesse (FFJ) accompagne des enfants, des jeunes et des familles en difficultés d’insertion sociale. Elle regroupe divers secteurs : le foyer St-Etienne et celui des Bonnefontaines (accueil d’enfants et adolescents en difficultés personnelles ou familiales), la structure Time Out (unité d’observation intensive limitée), la Préfo et Cap Formation (accompagnement socioprofessionnel de jeunes qui au terme de la leur scolarité obligatoire sont en rupture de projet professionnel), ainsi que des séjours de rupture et une offre d’accompagnement socioéducatif ambulatoire pour jeunes adultes. Elle occupe environ 140 collaboratrices et collaborateurs.