Résultats du sondage sur les impacts de la pandémie du COVID-19 sur la culture fribourgeoise

5 Mai 2020 -16h42

Entre le 25 mars et le 6 avril 2020, le Service de la culture a mené un sondage auprès des actrices et acteurs culturels du canton afin de mesurer l'impact de la pandémie sur leurs activités. Découvrez les résultats de cette enquête à laquelle 224 répondant-e-s (indépendants, entreprises culturelles, associations, etc.) ont pris part.

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77% des répondant-e-s affirment que les mesures prises dans la lutte contre le coronavirus ont des impacts sur leurs manifestations, activités ou projets. 16% attendent de connaître la durée de la pandémie et des mesures prises pour savoir s’ils seront touchés ou non.

1. Structures ayant répondu au sondage

Ce sondage a été mis en ligne le 25 mars et a été rempli jusqu’au 6 avril 2020 par 224 personnes (« répondant-e-s ») domiciliées ou ayant leur siège dans le canton de Fribourg. A cette date, la durée de l’interdiction des manifestations et le confinement était prévu au moins jusqu’au 20 mai 2020. Les répondant-e-s ont choisi de se catégoriser en tant que « structures » de la manière suivante :

  • 40% entreprises culturelles à but non lucratif (91)
  • 20% associations culturelles d’amateurs (44)
  • 18% indépendants (41)
  • 17% d’une catégorie « autres » (38)
  • 4% entreprises culturelles à but lucratif (10)

Près de 35 % des répondant-e-s exercent dans le domaine de la musique. Les arts de la scène représentent 25 % des sondés. Les disciplines qui comptent le moins de répondant-e-s sont le cinéma et la littérature. 53% des répondant-e-s indiquent être actuellement bénéficiaires de subventions de l’État de Fribourg ou de la Loterie Romande.

Kulturelle Bereiche / domaines culturels
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2. Perception de la situation de pandémie Covid-19

Globalement, les répondant-e-s indiquent que la plupart de leurs projets ont été annulés, mais un tiers d’entre eux ne savent pas encore, au moment du sondage, s’ils allaient reporter ou déplacer leurs projets.

La grande majorité des répondant-e-s affirment se retrouver en difficultés dans cette crise, contraints d’annuler des mandats, des évènements et des répétitions. Les personnes engagées sans contrats de travail se retrouvent dans de plus grandes difficultés encore.

D’ores et déjà, des répondant-e-s craignent un embouteillage chez les prestataires à la reprise, une concurrence féroce avec les évènements reportés, une difficulté à trouver des financements et des coûts multipliés.

Annulations et reports des activités / Annullierungen und Verschiebungen von Aktivitäten
Annulations et reports des activités / Annullierungen und Verschiebungen von Aktivitäten © Tous droits réservés
Annulations et reports des activités / Annullierungen und Verschiebungen von Aktivitäten

3. Impact financier de la pandémie sur les activités des répondant-e-s

77% des répondant-e-s affirment que les mesures prises dans la lutte contre le coronavirus ont des impacts sur leurs manifestations, activités ou projets. 16% attendent de connaître la durée de la pandémie et des mesures prises pour savoir s’ils seront touchés ou non. Les répondant-e-s qui ne sont pas touchés expliquent que leur manifestation, activité ou projet ne se situe pas dans la période de crise ou qu’ils n’avaient pas de contrats durant cette période.

Les résultats détaillés sont présentés dans le rapport à télécharger ci-dessous, car les situations sont très spécifiques selon les disciplines artistiques, la taille des entreprises ou l’impact de la pandémie sur leurs projets ou activités. Une synthèse s’avère dès lors difficile, mais tendanciellement, on peut remarquer que seuls 27% des répondant-e-s indiquent que la crise n’a pas d’impact sur leurs charges, alors que 17% ne le savent pas encore. La tendance générale va vers une diminution des charges (réduction des coûts des projets et activités). Pour l’ensemble des répondant-e-s, les conséquences de la pandémie représentent une diminution des charges d’au moins un demi-million de francs.

Côté recettes, on peut remarquer que seuls 11% des répondant-e-s indiquent que la crise n’a pas d’impact sur leurs recettes, alors que 15% ne le savent pas encore, en raison de la durée de la crise notamment. La tendance générale va vers une diminution générale des produits (réduction des recettes des projets et activités), peu importe le type de structures. Un répondant du milieu muséal/touristique indique une diminution des recettes entre 1,5 et 3 millions de francs. Pour l’ensemble des répondant-e-s, les conséquences de la pandémie représentent une baisse de la masse globale des produits entre 2,5 et 5 millions de francs au minimum.

Notons que 93 répondant-e-s indiquent ne pas avoir annulé des contrats avec une structure dont le siège est dans le canton de Fribourg, alors qu’au contraire 57 répondant-e-s en ont annulés, dont 22 entreprises culturelles à but non lucratif et 15 associations d’amateurs. Parmi les commentaires sur l’impact sur les charges ou les recettes, indiquons les difficultés de trouver des sponsors, la difficulté d’estimer les pertes de recettes sans connaître la durée de la crise, la perte de public, de billetterie, le fait que les économiques réalisées par l’annulation sont plus basses que les pertes des recettes.

4. Aide financière et indemnisations

41% des répondant-e-s pensent faire appel à une aide, 14% non et les autres sont indécis. (NB : le dispositif public d’aide n’était pas encore précis au moment du sondage). 43% des répondant-e-s pensent faire appel aux indemnités pertes de gain APG ; 63% des entreprises à but lucratif aux RHT. Les entreprises à but non lucratif s’interrogent encore sur les types d’aides qu’elles pensent solliciter : 27% indiquent ne pas avoir besoin d’aide si elles reçoivent les subventions publiques et parapubliques promises pour les frais effectifs qu’elles ont engagés. 40% des associations d’amateurs indiquent n’avoir besoin d’aucune aide. 6 d’entre elles souhaitent déposer une demande d’aide auprès de leurs faîtières nationales.

5. Regard vers l'avenir

Répondant à l’hypothèse du sondage « si les coûts liés à la crise étaient d’ores absorbés par les aides d’urgence », la plupart des indépendants affirment vouloir tout mettre en œuvre pour continuer leurs activités. Certains cherchent à trouver un travail alimentaire avant de redémarrer des projets artistiques, d’autres attendent que la pandémie se termine pour présenter des projets qui n’ont pas pu l’être jusqu’à présent, mais non sans crainte : le foisonnement de la créativité apportera une pression et concurrence supplémentaire. Certaines associations d’amateurs prévoient organiser d’autres types d’événements pour substituer ceux qui n’ont pas pu être organisés. Des reports pourraient être faits jusqu’en 2022, pour autant que cela soit possible et selon la disponibilité des membres. On craint une baisse des aides privées et publiques. Les entreprises à but lucratif pensent faire face à une vague de travail. Elles considèrent que des aides d’urgence sont indispensables à la poursuite de leurs activités. Dans le milieu du cinéma, on craint l’absence de public. Certains répondant-e-s se disent prêts à baisser les prix d’entrées pour attirer du public. Les entreprises à but non lucratif sont quant à elles prêtes à adapter leurs offres ou organisations pour faire face à la situation sanitaire. On craint également une baisse de public et une rude concurrence lors de la reprise.

Les répondant-e-s ont également fait part de pistes pour faire face aux conséquences culturelles de la pandémie. Certaines associations ou entreprises à but lucratif indiquent vouloir mettre sur pied des récoltes de dons ou des soupers de soutien. D’une façon générale, les répondant-e-s pensent organiser une série d’événements (parfois gratuits), des fêtes de réouverture, des portes ouvertes ou autres événements ou mesures de relance. Souvent, les répondant-e-s profitent de renforcer leur présence sur le web et développer pendant la crise de nouvelles activités à distance (cours, vidéos de présentation) pour garder le lien avec le public.

Les répondant-e-s indiquent envisager des projets plus ambitieux, par exemple une exposition muséale regroupant des artistes du canton ou un festival interdisciplinaire reprenant tous les projets artistiques avortés. Enfin, ils proposent des pistes touchant à la politique de soutien à la culture, avec la mise en place d’un revenu universel, l’élargissement et l’adaptation d’un statut d’intermittents (du spectacle), la suppression temporaire de l’impôt sur le divertissement ou encore l’accès au chômage pour les travailleurs sans contrat.

Certains cherchent à trouver un travail alimentaire avant de redémarrer des projets artistiques, d’autres attendent que la pandémie se termine pour présenter des projets qui n’ont pas pu l’être jusqu’à présent, mais non sans crainte : le foisonnement de la créativité apportera une pression et concurrence supplémentaire.