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Hôtellerie: moins de Suisses et davantage d'étrangers
Lundi 5 septembre 2005
Observatoire romand mensuel: Hôtellerie
MOINS DE SUISSES ET DAVANTAGE D'ÉTRANGERS
Par P. Caille
Depuis 2004, l’observation de l’évolution conjoncturelle suisse dans le domaine du tourisme et plus particulièrement de l’hébergement a été rendue difficile en raison d’une panne statistique. Dès janvier 2004, la statistique autrefois très exhaustive de l’hébergement touristique a été remplacée par une enquête beaucoup plus légère auprès d’un échantillon de 500 hôtels. Ce n’est qu’en janvier 2005 qu’une statistique complète a été réintroduite dans le domaine de l’hôtellerie, à nouveau sur un rythme mensuel.
Manque de recul pour une comparaison
Pour l’instant, les résultats, des mois de janvier à avril 2005 ont été publiés et il faut bien admettre que l’on manque encore de recul pour évaluer le degré de comparabilité des nouveaux résultats par rapport aux anciennes séries.
Néanmoins, la nouvelle statistique vient conforter une constatation qui avait déjà été mise à jour par l’enquête allégée de 2004: après plusieurs années durant lesquelles la clientèle suisse se maintenait mieux que la clientèle en provenance de l'étranger, la tendance s'est inversée en 2004. Désormais, la clientèle indigène diminue et la clientèle étrangère augmente. La nouvelle statistique confirme aussi une autre tendance déjà observée dans les anciennes séries: la durée moyenne des séjours est en baisse. Face à cette nouvelle donne, qui s'inscrit vraisemblablement dans le cadre d'une globalisation, d'une internationalisation des comportements en matière de séjours touristiques aussi bien que professionnels, la fréquentation des hôtels va certainement évoluer de façon différenciée, en fonction des spécificités des régions. A ce titre, les cantons du Valais et de Fribourg, retenus dans cette analyse présentent des profils très différents.
Le tourisme joue un plus grand rôle en Valais !
D'abord, de façon générale, le tourisme valaisan pèse beaucoup plus lourd que le tourisme fribourgeois. En termes de nuitées hôtelières, le Valais (4,2 millions de nuitées en 2003) est la deuxième destination du pays après les Grisons (5,8 millions), Fribourg (0,3 million) se situant en milieu de classement des cantons. En termes relatifs aussi, le secteur touristique prend une place plus importante en Valais qu'à Fribourg. L’hôtellerie et la restauration représentent 5,4% des emplois dans le canton de Fribourg, contre 11,5% en Valais, où cette branche est le premier employeur du canton. Enfin, à l'intérieur même du secteur touristique, l'hébergement joue certainement un plus grand rôle en Valais qu'à Fribourg.
De par sa situation géographique, Fribourg est en effet plutôt prédestiné à un tourisme à la journée ou de passage. Bien que la statistique des nuitées ne permette pas de faire la distinction entre séjours professionnels et purement touristiques, on peut en outre raisonnablement estimer que la part des séjours professionnels est plus élevée à Fribourg. Par rapport au Valais, Fribourg se caractérise donc par des séjours plus courts d’hôtes de provenances en moyenne moins éloignées. Les données statistiques confirment ces observations : la durée moyenne des séjours en hôtel est nettement plus faible à Fribourg (1,7 nuitées en moyenne en 2003) qu’en Valais (3,2), de même que la proportion des hôtes en provenance de l’étranger (respectivement 35% contre 51%).
Forte augmentation de nuitées à Fribourg
L’analyse en valeurs cumulées janvier – avril, qui permet de mieux neutraliser les effets perturbateurs liés à la variation des dates des vacances de Pâques que les valeurs mensuelles isolées, montre pour l'ensemble du pays une augmentation des nuitées de 1% en 2005 par rapport à 2003 (2004 constituant désormais un «trou» statistique). Le Valais fait état d'une stagnation et Fribourg enregistre une augmentation de 17,6%. Certes, l'offre hôtelière fribourgeoise vient de s'enrichir d'un nouvel établissement relativement important dans l'agglomération fribourgeoise et cela peut expliquer au moins en partie cette évolution. Il faut aussi préciser que si cette augmentation est très forte en termes relatifs (en%), elle porte sur des valeurs beaucoup plus petites qu'en Valais. Dans ce dernier canton, on a enregistré près de 1,9 million de nuitées entre janvier et avril 2005, contre environ 83 000 dans le canton de Fribourg. Toujours est-il que l’augmentation supplémentaire constituée par ce nouvel établissement n’a pas été compensée par des pertes trop importantes dans d'autres établissements.
Les Suisses sont attirés par les destinations lointaines
On le voit, les caractéristiques des deux cantons sont tellement différentes que les critères d'analyse n'ont pas la même pertinence dans les deux cas. Le Valais constitue une entité suffisamment grande et homogène pour que l'on puisse déceler des tendances statistiques et identifier les enjeux. On peut notamment y observer l'émergence des marchés nouveaux comme la Russie (environ 12 000 nuitées en janvier - avril 2000 et 40 000 en 2005) et, de façon générale, la reprise de la clientèle étrangère depuis 2004. Ces deux tendances compensent actuellement la baisse de la clientèle suisse, sans doute attirée par la concurrence des destinations lointaines, ainsi que la réduction, sur le long terme, de la durée des séjours (5 nuitées en janvier - avril 1992 contre 4,1 nuitées en 2005).
A Fribourg, l’évolution des nuitées semble davantage marquée par des événements ponctuels. Les fortes variations observées tendent à montrer que le canton s'insère dans un ensemble plus vaste à l'intérieur duquel des transferts peuvent s'opérer en fonction de l’offre à disposition. A court terme, c’est sur ces aspects que devra porter l’analyse. A long terme, la question sera de savoir si Fribourg demeurera inéluctablement un lieu de séjour de courte durée et s'il sera à même d'attirer davantage d'hôtes en provenance de pays éloignés, notamment des marchés émergents. Jusqu'ici, et depuis le début des séries statistiques en 1992, la durée moyenne des séjours est toujours restée très stable autour de 1,9 nuitées. Les quantités sont trop faibles et les variations trop volatiles pour que l'on puisse déceler de véritables tendances au niveau des nouveaux marchés.
La statistique de l'hébergement offre de multiples possibilités d’analyse. Nuitées, durée des séjours, capacités et autres variables peuvent être exploitées par région, canton ou même commune, ainsi que par marché (pays de provenance des hôtes). En ce sens, elle constitue un outil irremplaçable pour les régions, quelle que soit leur situation. Mais elle ne couvre actuellement pas la catégorie dite des logements de vacances (chalets, appartements,...).
Encore des lacunes statistiques
C'est une lacune importante, car ce type de logement a une importance considérable dans certaines régions (en Valais, la para-hôtellerie assure les deux tiers des nuitées) et on ne peut pas savoir dans quelle mesure l'évolution des nuitées dans l 'hôtellerie est éventuellement compensée par le secteur de la para-hôtellerie. Dans ce sens, on ne peut donc pas prétendre que l'évolution dans l'hôtellerie est forcément représentative de l'évolution de l'ensemble de l'hébergement touristique.
Service de la statistique de l’Etat de Fribourg, Office cantonal de statistique du Valais
