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La fin des «grands travaux»: un tournant pour la construction
Vendredi 10 octobre 2003
Régions
La fin des «grands travaux»: un tournant pour la construction
ECONOMIE · Le secteur de la construction, malgré un taux de croissance négatif, se sent suffisamment robuste pour tirer son épingle du jeu. La rénovation comme baromètre.
Vincent Chobaz
Le secteur de la construction dans le canton de Fribourg est en régression, si l'on en croit les chiffres de la Banque cantonale et du Service de la statistique du canton: en 2003, son taux de croissance réelle est négatif (- 2,2%), alors que dans le même temps l'économie fribourgeoise affiche une progression moyenne de 1,3%. Président de la Conférence cantonale de la construction (CCC), Luc Pasquier avoue bien sûr que «ça pourrait aller mieux» mais ne se veut en aucun cas alarmiste. «Ces dix derniers années, le nombre d'employés dans le secteur de la construction est passé de 11 300 à 8500 dans les entreprises du canton de Fribourg. Mais cette diminution ne correspond pas à une baisse proportionnelle du chiffre d'affaires global, qui n'a que légèrement fléchi. Il y a donc eu une augmentation importante de la productivité. Dans le canton, on investit entre 1,3 et 1,5 milliard de francs, selon les années, dans le bâtiment et le génie civil», précise Luc Pasquier, en marge de l'assemblée générale de la CCC. Même si un certain nombre de sociétés ont disparu, la plupart d'entre elles poursuivent leur petit bonhomme de chemin. Il n'y a pas eu de saignées spectaculaires, et même les petites entreprises - notamment actives dans le second oeuvre - se portent plutôt bien. «Aujourd'hui, dans le bâtiment, il y a assez de travail pour faire vivre tout le monde. La villa marche très bien avec le bas niveau des taux hypothécaires. Dans le génie civil, la situation est plus dure avec des prix extrêmement bas. Si cette situation devait perdurer, on peut s'attendre à une baisse du personnel à moyen terme», prédit le président. De manière générale, Luc Pasquier mise sur une certaine stabilité: «Contrairement aux produits industriels, dont la production peut être facilement délocalisée, la construction, qui nécessite beaucoup de main-d'oeuvre, reste une activité de proximité. Gérer un chantier à plus de 100 km de sa base devient difficile. Les entreprises fribourgeoises sont au bénéfice d'un savoir-faire reconnu et sont capables de proposer des bons prix. On aura toujours besoin d'entreprises locales dans ce secteur». Autre constante: les entreprises fribourgeoises s'exportent de mieux en mieux. Même s'il ne peut pas chiffrer cette évolution, Luc Pasquier note qu'il n'est plus rare de voir des Fribourgeois travailler sur La Côte lémanique, notamment dans le bois, la construction métallique et dans le second oeuvre.
D'IMPORTANTS DÉFIS
Pour ne pas que ses souliers collent à la route, le secteur de la construction devra faire face à trois défis principaux, selon le président de la CCC:
- Digérer la Loi sur sur les marchés publics (LMP). «Dès l'entrée en vigueur de la loi, nous savions qu'une période de transition serait nécessaire. Nous y sommes toujours. L'objectif de la CCC est double: réduire la paperasse et faire du rapport qualité-prix le principal critère de choix. Trop souvent, seul le prix compte. Je ne pense pas que la LMP a fait perdre des mandats aux Fribourgeois. Si il y a effectivement des entreprises extérieures qui travaillent à Fribourg, ceci est compensé par les mandats gagnés par «nos» entreprises hors des frontières cantonales.
- Se rabattre sur les rénovations. «Nous partons d'un constat très simple: Fribourg a refait son retard en matière d'infrastructures en investissant massivement ces cinquante dernières années (routes, barrages, etc.). Ces 25 dernières années, la valeur assurée de l'ensemble du parc immobilier fribourgeois est passée de 12,5 à 60 milliards de francs. Les grands travaux, c'est fini. Dans le même temps, on arrive à un stade où une partie des constructions mérite des rénovations. Je pense par exemple à la N12. L'enjeu est énorme: est-ce que les pouvoirs publics vont pouvoir dégager de l'argent pour garder ce «patrimoine»? Et dans le privé, a-t-on fait suffisamment de provisions pour assurer ce tournant?»
- Améliorer l'image de la branche. «Nous n'avons pas l'image d'une industrie innovante comme peuvent l'avoir la biotechnologie ou l'informatique. Evidemment, malgré une amélioration de la sécurité sur les chantiers et la retraite anticipée, c'est un métier qui reste difficile, d'autant plus qu'aujourd'hui, la pression sur les délais de construction s'est accentuée. Ce déficit d'image a des conséquences directes sur la formation: même si le nombre d'apprentis maçons est plutôt à la hausse, on constate un manque d'intérêt un peu partout. Il n'y a par exemple que quinze jeunes qui suivent la formation de chefs de chantier à Fribourg, contre trente quelques années auparavant. La filière polytechnique en génie civile est également sous fréquentée. L'économie fribourgeoise ne peut pas se priver du secteur de la construction. Mais notre travail n'est pas toujours considéré à sa juste valeur: lorsque le canton insiste sur les secteurs à haute valeur ajoutée, on se sent un peu mis de côté.» ViC
