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Émigrés jadis, les Fribourgeois jouent les pendulaires assidus
Samedi 3 août 2002
Régions
Emigrés jadis, les Fribourgeois jouent les pendulaires assidus
ÉCLAIRAGE • Un Fribourgeois sur deux travaille hors de sa commune de domicile; un sur dix hors du canton. Les Fribourgeois font ainsi preuve d'une mobilité supérieure à la moyenne suisse. La mobilité, d'abord par émigration ensuite par pendularité, est une vieille tradition.
Micheline Haegeli
Le temps est révolu durant lequel les Fribourgeois ont fourni le gros des contingents de Romands quittant la Suisse pour aller chercher fortune en Amérique et en Russie. Depuis, à pied, à vélo, en car, en train et aujourd'hui principalement en voiture, ils sont navetteurs.
«C'est surtout depuis les années soixante que les Fribourgeois sont des pendulaires», explique Martin Schuler, chargé de cours à l'École polytechnique fédérale de Lausanne. Si par leur nombre, les actifs fribourgeois figurent au 13e rang suisse, ils se hissent au 6e rang du classement des navetteurs intercommunaux, note l'historien Jean-Pierre Dorand dans son étude «Les Fribourgeois, pendulaires par nécessité».
Des sept districts fribourgeois, tous sauf celui de la Sarine et la ville de Fribourg «exportent» plus de pendulaires qu'ils n'en «importent». «Sur la base du recensement fédéral de la population de 1990, près de 56% des personnes travaillant à Fribourg viennent de l'extérieur», explique le chef du Service cantonal de statistique Gonzague Dutoit. Mais le chef-lieu cantonal et son agglomération n'absorbent pas tous les pendulaires. Près de 9500 sur les quelque 106 000 actifs sortent du canton.
Sur la base de la statistique des cinquante plus grandes communes fribourgeoises, un peu plus des deux tiers se rendent dans le canton de Berne, alors que les autres se dirigent vers le canton de Vaud, indique Giancarla Papi de l'Office cantonal de l'aménagement du territoire.
Le solde pendulaire déficitaire ne permet pas de dire que le canton ne retient pas son monde. Fribourg est clairement devenu un canton d'immigration, dit M. Dutoit. Il y a donc plus de personnes qui viennent s'installer dans le canton que de personnes qui le quittent.
A première vue, cela voudrait dire que des gens viennent habiter le canton de Fribourg, y paient des impôts plutôt lourds - le canton est quasiment lanterne rouge de la fiscalité en Suisse - et en repartent la journée pour aller travailler hors canton. La ville de Fribourg mène d'ailleurs une chasse aux pendulaires depuis quelque temps (voir La Liberté du 27 juillet).
Paradoxe apparent
La divergence entre les balances migratoire et pendulaire n'est qu'apparemment paradoxale, explique M. Schuler. Ce dernier balaie d'entrée de jeu l'argument de la fiscalité. Pour 90 % des pendulaires, elle est plus ou moins la même sur Fribourg, Vaud ou Berne.
Selon lui, la qualité de la vie, le prix des terrains, des loyers moins chers sont des arguments autrement plus décisifs. D'où le chassé-croisé des flux. Des actifs «bernois» gardent leur travail sur Berne, mais établissent leurs pénates dans des communes du district du Lac. Aux yeux de la statistique et du fisc, ils n'en sont pas moins des Fribourgeois «émigrants quotidiens».
A l'autre bout du canton, bien des Vaudois s'installent et construisent dans le Sud fribourgeois. Attalens (FR) est devenu la banlieue de Vevey; de nombreuses communes du sud des districts de la Glâne et de la Veveyse sont la lointaine agglomération de Lausanne.
Si la preuve était encore nécessaire, les Suisses aiment à jouer à saute-mouton par-dessus leurs frontières communales. Pour 1000 habitants, 256 actifs sortent de leur commune pour aller travailler.
Des cantons proches de Fribourg par la géographie ou le poids de la population active, seul Berne est «importateur» de pendulaires; Vaud et Soleure sont «exportateurs» comme Fribourg. Le solde bernois s'explique largement par le pouvoir d'attraction de la Ville fédérale. Pour 1000 habitants, 566 actifs viennent du dehors à Berne; ils sont 381 en ville de Fribourg et 337 à Lausanne, peut-on lire dans les statistiques de l'Espace Mittelland. ATS
